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Les artistes engagés

Jeudi 23 avril 4 23 /04 /Avr 12:50

Communiqué de presse

L’UFC-Que CHOISIR, l'ISOC France, La Quadrature du Net,

le SAMUP et le Collectif "Pour le Cinéma" signent une

Lettre Ouverte aux parlementaires français

 

Mesdames, Messieurs les Parlementaires,

Dans quelques jours le projet de loi Création & Internet va à nouveau être débattu. Nous l'UFC-Que Choisir, l'Isoc France, La Quadrature du Net, le SAMUP et la plateforme "Pour le Cinéma", nous élevons contre ce projet de loi dangereux et obsolète, pour les citoyens comme pour les artistes.

Ce projet de loi ne poursuit qu’un objectif : maintenir sous perfusion le modèle de vente de copies de CD et de DVD ou leurs ersatz numériques, supports de plus en plus déconnectés des des nouveaux usages du public.

Le projet de loi Création & Internet résulte d’une conception archaïque de notre société et de l'économie numérique et est une énième ligne Maginot qui ne pourra pas contenir le bouleversement que constitue la dématérialisation de l’information et de la culture. Quelles que soient les solutions technologiques imposées pour tenter de bloquer l’accès aux réseaux, d’autres apparaîtront spontanément pour contourner ces barrières. Ces passe-partout numériques sont déjà disponibles ; le vote de la loi accélérera leur diffusion.

Le projet de loi Création & Internet n’apporte aucune réponse aux problèmes de financement des artistes, qui tirent bien peu profit du système actuel. Depuis 10 ans que Napster est apparu, ils attendent la mise en place des modèles de financement adaptés à la nouvelle donne numérique. En vain. Les revenus des auteurs sont réduits à la portion congrue, tandis que les artistes interprètes ne touchent pas un centime sur les offres commerciales en ligne Quant au monde du cinéma, mise à part des retouches anecdotiques de la chronologie des médias, il ne fait l’objet d’aucune discussion, d'aucune innovation.

Plutôt que de stigmatiser les consommateurs et d’envisager de couper des millions d’accès à Internet, les industries culturelles doivent dès aujourd’hui réfléchir à une nouvelle concorde : développer des modes de tarification d’accès à la culture adaptés à l'environnement numérique.

C’est pour cela, que nous, artistes, créateurs et collectifs citoyens, avons décidé de nous allier et de conjuguer nos efforts pour créer une alternative opérationnelle et économiquement réaliste.

Ce processus est ouvert. Nous invitons chacun, qu'il soit pour ou contre le projet de loi Création & Internet, à nous rejoindre pour travailler ensemble.

L’objectif est de permettre une diffusion des œuvres compatible avec les intérêts et les libertés de chacun, en assurant à la fois un accès à la culture pour le plus grand nombre et un financement équitable pour les artistes/créateurs.

Notre désir de liberté ne signifie pas une négation des droits des créateurs, comme aimeraient le faire croire les défenseurs d’un Internet sous surveillance. Notre objectif est, bien au contraire, de mettre ces droits au centre de l’ère numérique. Un droit réaffirmé mais aussi un droit plus juste.

Nous appelons les élus à rejeter massivement le projet de loi Création et Internet et à réclamer la mise en place de systèmes plus justes, plus équilibrés, permettant de sceller la réconciliation des artistes et de leur public.

contact Pour le Cinéma: Juan Paulo Branco Lopez
0671192147
brancojuan @ gmail. com 

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Lundi 20 avril 1 20 /04 /Avr 13:35

Ici est reproduite une tribune inédite de la Quadrature du Net appelant à l'union de la société civile et du monde de la culture. Cette proposition sera suivie d'actes très rapidement, c'est une promesse ici faite. D'après nos dernières informations, le front pro-hadopi se fissure au sein de nombreuses sociétés comme la SRF (société des réalisateurs de films), la SPI (société de producteurs indépendants), l'ADAMI... le monde du cinéma bouge, et vite.

Du concile à la table ronde

Par Jean Cattan et Jérémie Zimmermann (co-fondateur de La Quadrature du Net)


Suite au rejet des députés du projet de loi « création et internet », censé lutter contre le partage des œuvres sur internet, la Ministre de la Culture Christine Albanel a dénoncé la « manœuvre » des députés socialistes « sortis de derrière les rideaux » pour voter contre le texte. Qu'un membre du gouvernement taxe un vote parlementaire de manoeuvre constitue un fait plus incroyable encore que le rejet de ce texte répressif.

À cette tentative de discréditer un vote démocratique, nous répondrons par l’interrogative : la manœuvre ne réside-t-elle pas plutôt dans la volonté du gouvernement de substituer à la légitimité des représentants de la Nation celle de professionnels de l'« industrie culturelle » ?

L'effronterie n’est-elle pas celle d’un Etat, récemment en charge de la présidence de l’Union européenne, qui tente d’adopter à marche forcée un texte en opposition frontale avec la position exprimée à trois reprises par le Parlement européen ?

Plutôt que dans le partage d'œuvres culturelles, le danger ne repose-t-il pas enfin dans la mise en place d'autorités administratives plongeant les citoyens dans l'insécurité juridique à l'aide de polices privées, de preuves dérisoires et de procédures expéditives ?

Rien ne justifie l'absence des députés UMP lors du vote, sinon le manque de soutien dont souffrait ce texte, y compris au sein de la majorité. À force de confondre la procédure d’urgence avec celle du verrouillage parlementaire, le gouvernement a essuyé un revers cinglant.

Cette expérience nous enseigne une chose : ni les chantages, ni les pressions ne peuvent entraver l'alliance des citoyens et de leurs représentants légitimes. Quand bien même ce texte sera-t-il réintroduit et voté en force, preuve est faite qu'il est inacceptable.

Aussi, nos gouvernants ont-ils voulu opposer les créateurs et leur public. Ils n’y parviendront pas. Les artistes façonnent nos existences et nos représentations collectives. Ils contribuent à donner du sens à un monde en tourments et leur public est profondément attaché à la place éminente qu'ils occupent dans nos sociétés.

Le partage d'œuvres en réseau représente une formidable opportunité pour les artistes, leur permettant d'augmenter leur visibilité et d'être en rapport direct avec leur public. C'est également un progrès du point de vue de l'accès à la culture, dont le bénéfice pour l'ensemble de la société est évident. Ces progrès ne doivent pas être érigés en menace.

L'enjeu, désormais, est de repenser les modes de production et de distribution de la culture à l'ère numérique. Internet n'est pas l'ennemi de la création et plutôt que de faire obstacle au progrès, il nous faut, collectivement, jeter les bases d'un financement pérenne de la création en phase avec notre temps et qui profite à tous.

Le projet du gouvernement fut qualifié par de nombreux artistes de « rendez-vous manqué ». Force est de constater que la méthode de l’accord interprofessionnel n'a pu se substituer de manière convaincante à une consultation démocratique et ouverte sur la société.

L'histoire nous apprend qu'aux rendez-vous manqués et aux vains affrontements, il nous faut préférer l’apaisement et le dialogue. Là où nos gouvernants ont tenté d'imposer la voie du concile, nous proposons à tous les artistes celle de la table ronde, ouverte et transparente.


 
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Samedi 18 avril 6 18 /04 /Avr 21:25

Aujourd'hui, c'est la position de l'ISOC par l'intermédiaire de son secrétaire général Paul Guermonprez qui vous est proposée, à la fois à propos de l'Hadopi que de la licence globale. Faut-il améliorer le système ou en changer? Tel est la question posée dans la dernière partie de l'article.


L'artiste face au conglomérat de divertissement



La doctrine Internet de la France

La loi Internet et Création pose le problème plus large de la doctrine Internet de plusieurs gouvernements et dirigeants à travers le monde. Cette doctrine pose comme base la responsabilisation d'Internet, par responsabilisation comprendre muselage.

La promotion de ce type de doctrine est proposé sous un jour différent en fonction du pays ; lutte contre le terrorisme dans certains, non respect des droits d'auteurs dans d'autres. Personne ne doute de la sincérité des rapporteurs de telles lois qui pensent défendre une noble cause ; cependant, ils n'imaginent pas les effets collatéraux ni le cadre global dans lequel ils agissent. Ainsi Madame Albanel a été choisie pour défendre ce projet en raison de son sincère intérêt pour la culture, mais sans doute pas pour ses connaissances techniques et sociétales Internet.

Conglomérats de divertissement

Dans le cas de la lutte contre la contrefaçon d'œuvres culturelles, le gouvernement français se trouve être le copromoteur d'amendements européens avec comme allié aussi puissant qu'indéfectible un géant des télécommunications américains, et pour opposition 80% du Parlement, pas moins. L'alliance contre nature est en fait logique : le géant a pour objectif vital le maintien d'un monopole sur le tuyau qui le relie à ses clients et par lequel il espère pouvoir fournir ses services et exclusivement les siens. Le gouvernement français pense de son coté qu'Internet serait beaucoup plus utile s'il ressemblait un peu plus à la télévision privée française. Ils sont faits pour s'entendre : le gouvernement donne en gestion le réseau à des entreprises qui lui garantissent le calme.

L'artiste face au conglomérat de divertissement

Les artistes réalisent-ils la place stratégique qu'ils occupent ? Car leurs œuvres petites ou grandes sont au cœur de la bataille. Les géants des télécommunications ne rêvent que de contenu exclusif pour fidéliser leurs clients. Ils se jumellent avec des sociétés de production pour former des conglomérats de divertissement et procèdent sur le modèle de la vente liée forcée.

La grève des scénaristes américains a mis en lumière que ces nouveaux conglomérats n'avaient plus pour intérêt la défense de leurs créatifs face à la distribution comme pouvaient l'avoir les chaînes de télévision ou les studios face à un supermarché. La partie créatrice du conglomérat n'est plus que le faire valoir de la partie distribution.

Non discrimination du réseau

Nous, l'ISOC, défendons la non discrimination du réseau. Internet n'est qu'un outil au service des hommes et ils restent responsables de leurs actes. Le réseau ne doit pas a priori être censuré, une action ou un contenu illicite doit conduire à une action en justice contre son auteur et lui seul. L'accès au réseau est un droit vital qui ne peut être aboli. Pour garantir ce droit, le réseau ne doit sous aucun prétexte être filtré ou limité dans ses possibilités techniques.



ARTICLE 2

Deux modèles : 1 – Améliorer le paiement à l’œuvre



La présentation du projet Internet et création joue sur la frustration légitime issue du non respect du droit d'auteur dans sa partie morale et les inquiétudes tout aussi légitimes sur la partie commerciale. Si l'on met de coté la vente de médias physiques de masse qui est amenée à disparaître à terme, il reste deux façons aux artistes de distribuer leurs œuvres. Les deux modèles économiques sont très différents, mais ils relèvent surtout d'une vision radicalement opposée de l'accès à la culture. Première solution : améliorer le modèle paiement à l'œuvre.

Portabilité et licence

Le préalable est de faire la distinction entre un support et une licence d'utilisation. Vendre une vidéo avec DRM sur iTunes consiste à limiter sa consultation à un seul type de matériel en provenance d'un seul vendeur. Pour profiter de la nature très collaborative d'Internet et pour favoriser l'achat, il faut qu'un magasin propose des licences et supports à peu près identiques. La stratégie jusqu'à présent a consiste à faire exactement le contraire et limiter le plus possible l'utilisation d'une œuvre sur les différents appareils d'une famille. Pas seulement pour limiter la contrefaçon mais pour qu'une franchise soit rentabilisée de manière la plus dense possible dans le conglomérat : si vous avez acheté le mp3 vous voudrez probablement avoir la musique comme sonnerie de portable, donc pourquoi vous permettre de le faire avec votre mp3 et rater la vente de la sonnerie musicale ?

Vente ou publicité

Soit vous payez directement un service, soit le site est financé par de la publicité. Mais ce modèle n'est peut être pas très intéressant à long terme pour les artistes. Les plus petits artistes (majoritaires) sur ces sites ne touchent pas leur part des revenus à cause d'un seuil de reversement minimum élevé (les accords sont négociés par les majors). La multiplication de ce type d'accords ne fait qu'additionner des reversements inexistants pour les plus petits. Or la stratégie française consiste en général à faire le contraire : aider les petits créateurs à démarrer.

De plus ces sites sont capables de dire exactement quels morceaux de musiques provoquent quels clics sur des publicités et au final quel achat. Leur intérêt sera forcement de se concentrer sur les médias porteurs et abandonner le reste. Déjà nombre d'artistes demandent que la publicité ne soit pas reversée à l'audience mais au succès commercial collatéral engendré par leur œuvre (jumelage Youtube-Universal). La diversité s'en ressent.

Quoi qu'il arrive les reversements ne pourront jamais dépasser le montant de la publicité collectée par ces sites, alors même que le marché de la publicité en ligne est en crise (bien au delà de la crise générale). Lorsque Madame Albanel explique qu'elle écoute de la musique sur Deezer avec ses enfants, c'est certes légal mais est ce une bonne stratégie pour le financement de la culture en France ?

Internet n'est pas un supermarché

Actuellement le modèle de la vente à l'œuvre est calqué sur le modèle physique : vous allez dans un magasin virtuel qui vous propose une liste de produits virtuels comme un magasin vous propose des CD en boite dans un bac. Les vendeurs de fichiers actuels sont plus proches de la gondole de supermarché que de feu le disquaire de quartier. Ils proposent certes des artistes régionaux et peu connus du grand public, mais noyés par ordre alphabétique dans la très vaste rubrique "musiques du monde". Par ailleurs, un algorithme proposera à l'acheteur de l'album d'une artiste indépendante américaine un album de Michel Sardou : parfait pour le top50 mais très éloigné de la promotion de nouveaux artistes.

A media oral, vente adaptée

Le commerce de la culture sur le web ne fonctionne pas sur le modèle du supermarché. Le web est un media surtout oral comme peut l'être un téléphone. La vente doit être proposée au cours de la conversation (initiée par l'internaute), en supposant que c'est le souhait de l'interlocuteur de procéder à une transaction collatérale. Cette démarche demande certes la levée de certaines inhibitions, mais c'est le prix de la vente à l'œuvre, c'est la contrepartie du commerce direct entre consommateur et producteur.

Ainsi, il peut paraître étrange qu'un site aussi prescripteur, collaboratif et respecté que celui des Inrockuptibles ne propose pas de passer à l'achat depuis leurs articles. Sans se transformer eux-mêmes en supermarché, ils peuvent pointer vers un vendeur partenaire, ou mieux encore, vers le vendeur de votre choix par un système standardise (pour faciliter la vente directe des artistes). De même dans le concept du web participatif, tout internaute est prescripteur et peut pousser vers l'achat. Un artiste connu est ainsi en position de choix pour proposer les œuvres moins connues d'artistes qu'il apprécie.

Que les créatifs ne veuillent s'occuper d'argent est un choix respectable, mais le marché est alors assuré par des partenaires aux fortes marges et aux préoccupations bien éloignées de la création.




Article 3

Deux modèles : 2 – La licence globale



La seconde voie consiste à considérer que ne dépendent du domaine marchand que le temps des artistes, leur talent, la production matérielle de l'œuvre originelle et ses représentation (concerts pour les musiciens, lithographie pour les peintres, etc). La diffusion à usage personnel devient donc gratuite et illimitée mais le droit moral des auteurs sur leurs œuvres reste identique. Les représentations physiques et l'usage commercial restent eux payants. Mais comme tous les artistes n'ont pas vocation à passer leur vie en tournée ou à multiplier les expositions, une contribution généralisée à l'échelle du pays est demandée.

Taxe ou impôt progressif

Cette contribution peut prendre la forme d'une taxe sur les télécommunications - sur le modèle de la redevance audiovisuelle - ou d'un impôt progressif - sur le modèle de l'impôt sur le revenu - plus juste et moins soumis aux fluctuations du modèle économique des télécommunications.

Une fois cet argent collecté, il est disponible pour financer de la création et production culturelle pure. Le consommateur payant 15 euros pour un CD voyait l'essentiel du prix financer de la logistique, du media physique et le magasin contre une petite minorité la création et production. Avec cette contribution la totalité va au financement de la création.

Redistribution au téléchargement

Le point sensible de la contribution est la redistribution, qui se divise en partie fixe et partie soumise à audimat. La partie fixe financerait divers projets culturels et l'audiovisuel public. En effet la télévision perd rapidement du terrain face à Internet et la redevance va finir par en souffrir, il faudra donc trouver une autre source pour financer ce qui l’était par les télévisions publiques et privées.

La partie soumise à l'audimat est plus délicate. Savoir ce que télécharge (ou stream) un internaute non coopératif en particulier est presque impossible, le projet de loi Internet et Création nous l'a démontré. Le savoir à l'échelle du territoire si les internautes n'ont pas de raison massive de s'y opposer est par contre tout à fait réaliste. Mais le concept de téléchargement (ou stream) est en soi très fluctuant technologiquement.

Redistribution par écoute

La notion de consultation est elle plus stable. L'essentiel des baladeurs et logiciels pour ordinateurs ont une fonction de statistique de consultation intégrée (à usage privatif ou social). Une fois que l'internaute a payé sa redevance ou son impôt, il a tout naturellement envie que les artistes qu'il écoute en profitent, l'envoi de ces données anonymisées à un organisme d'audimat redistributeur ne devrait donc pas rencontrer d'opposition. Se focaliser sur la consultation et pas sur le téléchargement (qui est l'équivalent de l'achat) apporte une grande précision et une grande justice mais propose un modèle économique totalement différent pour les artistes.

Accès universel à la culture

La gratuite de la diffusion dans un cadre légal devrait démultiplier l'accès à la diversité culturelle, mais le réel progrès viendra de la professionnalisation de cette diffusion devenue légale. La ou le téléchargement était scabreux et technique l'écoute sera accessible à tous. La ou l'offre était déjà respectable mais réduite aux goûts des contrefacteurs elle sera universelle.

Si tous les films depuis les frères Lumière étaient disponibles depuis votre salon sans limite avec Internet dans son infinie variété pour prescripteur, pensez vous que Taxi 3 serait le film le plus vu ? De plus un public aux goûts variés est plus à même de consacrer une part importante de sa richesse à la création.

Patrimoine et rayonnement de la France

Du point de vue du patrimoine culturel, la constitution d'une librairie numérique de toute la création française accessible à tous sans limite, et ce sans que l'infrastructure de diffusion incombe à l'état est une vision qui devrait réjouir les amoureux de la culture.

En ce qui concerne le rayonnement de la culture française, le choix d'être prescripteur en la matière pourrait durablement marquer les esprits et fortement influencer les goûts des internautes étrangers. La part de marché des œuvres françaises dans la partie payante de l'offre globale ne s'en trouverait que renforcée.



Paul Guermonprez, Secrétaire Général de l’ISOC France

paul.guermonprez@isoc.fr

A propos de l’Internet Society France : Fondée en 1996 par une poignée de pionniers, l’Internet Society France est le Chapitre Français de l’Isoc. Association internationale, l’Isoc Monde est forte de 24 000 adhérents répartis sur 180 pays. Elle fait partie de la Gouvernance du Net.

 

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Vendredi 17 avril 5 17 /04 /Avr 11:03
Aujourd'hui, et pour commencer notre tour de table de la société civile, nous avons le plaisir d'accueillir un billet du président de L'UFC-Que Choisir Alain Bazot, sur l'opportunité d'une licence globale. Nous accueillerons demains un billet de l'ISOC.

La licence globale : il est temps d’entrer dans l’ère numérique !


Les discussions relatives à la circulation des œuvres sur Internet conduisent toujours à la même impasse : la répression. Le très controversé projet de loi Création et Internet en est l’éclatante illustration. Cet égarement peut s’expliquer par le refus de certains, dont le législateur, de se poser les vraies questions : quel est le prix des biens culturels dématérialisés ? Quels doivent être leur mode de commercialisation ?

Dans notre raisonnement, le bien culturel n’est pas l’œuvre en elle-même (l’art a-t-il un prix ?) mais sa cristallisation sur un support.

Les supports physiques, une cassette ou un DVD d’une œuvre, ont un prix. Le prix d’un support dépend étroitement de son coût. Dans la théorie économique, le prix est déterminé en fonction du coût marginal. Par exemple, un CD a un coût marginal positif, car produire un CD supplémentaire et le mettre à disposition ne peut se faire sans dépenses supplémentaires (la production de l’objet physique, le transport, le stockage, la distribution).

Autre caractéristique essentielle du bien physique : sa « rivalité ». S’il ne reste qu’un seul CD dans un rayon et que vous l’achetez, vous privez le consommateur qui vous suit et si vous partez sans payer vous privez le disquaire d’une vente (et il réalise une perte, le prix auquel il a acheté ce CD).

Dans l’économie de l’immatériel, les choses sont bien différentes et cela pour une raison : le coût marginal de production d’un fichier numérique est nul. Plus précisément, on peut multiplier les fichiers numériques d’une œuvre pour un coût égal à zéro. Aussi, contrairement au support physique, le fichier numérique est un bien « non rival ». Lorsque vous téléchargez un morceau de musique vous ne privez personne et personne ne réalise de pertes. Il peut donc être possédé par tous. C’est d’ailleurs pour cette raison que comparer le téléchargement d’un fichier au vol d’une baguette de pain n’a aucun sens !

Par conséquent, la dématérialisation parce qu’elle permet un partage sans coût de la culture, parce qu’elle constitue un accès à l’information et à l’art pour tous, remet fondamentalement en cause les modèles économiques existants. Dès lors, il apparaît essentiel de proposer de nouvelles formes de rémunération pour allier les avantages d’Internet à une juste rétribution des artistes/créateurs.

Notre point de vue est que dans une économie de coûts fixes, distribuer un ou 10 000 MP3 ne fait pas varier le coût de production, il est plus pertinent de faire payer l’accès et non pas la quantité. Ce mode de commercialisation, apparut avec la commercialisation de l’accès à internet (le forfait illimité), est le modèle consacré par l’économie numérique.

Pour bien comprendre la pertinence d’un tel modèle nous pouvons nous appuyer sur la fiction, riche d’enseignements, de Nicolas Curien:

« Supposons que, dans le monde « physique », ait été inventée une technologie « miracle » qui permette de remplacer immédiatement, à l’identique et sans aucun coût, tout CD retiré des bacs d’une surface de distribution. Dans un tel monde, il apparaîtrait impensable que des caisses soient disposées en sortie de magasin afin de faire payer les CD emportés par les « clients » : celui qui part avec 100 CD « cause » en effet exactement le même coût que celui qui part avec 10 CD ou encore que celui qui part avec 1000 CD, c’est à dire zéro ! En revanche, personne ne comprendrait que des caisses ne soient pas installées à l’entrée, afin de facturer l’accès à une telle caverne d’Ali Baba »1

Tout le monde comprendra que Nicolas Curien défend dans cette fiction la licence globale. Ce travail vise à illustrer que l’on peut garantir à la fois l’accès à la culture et la création de revenus.

On peut également ajouter que l’accès à la culture n’est pas le point final de ce processus. Un certains nombre d’études récentes2 semblent le montrer : le téléchargement créerait de nouvelles appétences chez le consommateur. D’ailleurs, cela corrobore les principaux résultats de notre propre étude. Nous avons, par exemple, observé que bien que le téléchargement existe depuis plusieurs années, le secteur de la culture se porte plutôt bien, voire mieux, puisque certaines activités comme le spectacle vivant et le cinéma en salle explosent… De la à y voir un lien de cause à effet, il n’y a qu’un pas.

Par conséquent, il apparaît que la licence légale constitue le modèle économique adapté au monde numérique. Nous irons même plus loin, elle n’est pas un remède à un mal (le téléchargement), elle est une ouverture vers une nouvelle ère économique, fondée sur le cercle vertueux de la diffusion et du partage, qui créera plus de richesses que le déclin du monde physique en a détruit.


Alain Bazot,

Président de l’UFC-Que Choisir

 

1Droits d’auteur et Internet : Pourquoi la licence globale n’est pas le diable ?, Nicolas Curien, Janvier 2006.

2Par exemple, Ups and Dows, Economic and cultural effects of file sharing on music, film and games. (2009),

étude commanditée par le ministère de la culture néerlandais qui montre que le téléchargement a un impact global sur l’économie plutôt positif.

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