Lettre ouverte aux spectateurs citoyens

Publié le par Spectateurs Citoyens

Voici la tribune par laquelle le mouvement de contestation du monde du cinéma contre la loi Hadopi s'est initié. Elle constitue un premier pas dans la lutte pour un système plus juste et prenant en compte les intérêts de tous: la bataille commence à peine.

Artistes et producteurs engagés, nous nous sommes dévoués tout au long de notre carrière à la promotion d’un cinéma différent, un cinéma ouvert et exigeant.

Vous avez fait vivre nos œuvres, les portant, les reconnaissant ou les rejetant. Tout au long de notre carrière, nous avons poursuivi la même ambition  : diffuser notre travail et le partager avec vous. Tout au long de notre carrière, mille obstacles se sont présentés à nous, qu’ils aient été techniques, matériels ou économiques.

Aujourd’hui, nous avons la chance de vivre une révolution numérique qui nous permettra, dans un futur très proche, de lever nombre de ces obstacles et d’ouvrir notre cinéma à toutes et à tous.

Aujourd’hui, certains craignent cette révolution et craignent pour leur monopole. La loi Création et Internet répond à une angoisse légitime, que nous partageons  : celle de voir les œuvres dévalorisées et ­dégradées par leur diffusion piratée sur ­Internet.

Pourtant, cette loi, qui prétend se poser en défenseur de la création, ne fait qu’instaurer un mécanisme de sanctions à la constitutionnalité douteuse et au fonctionnement fumeux.

Fruit d’un lobbying massif, fondée sur la présomption de culpabilité, la loi Création et Internet crée l’Hadopi, une haute autorité contrôlée par l’exécutif et qui pourra, sans qu’aucune preuve fiable ne soit apportée et sans qu’aucun recours gracieux ne soit possible, couper durant une durée extensible à l’infini la connexion Internet d’un usager.

Pis, et contrairement à ce qui a été écrit ici et là, aucune disposition législative ne prévoit que cette procédure se substitue aux pour­suites pénales et civiles, faisant de la double peine une réalité envisageable.

Alors que le Parlement européen vient, pour la troisième fois en quelques mois et à la quasi-unanimité, de qualifier l’accès à Internet de droit fondamental, alors qu’aux Etats-Unis le modèle de riposte « graduée » se fissure et que le reste du monde met l’accent sur la poursuite de ceux qui font commerce du piratage, le gouvernement français s’obstine à voir dans les utilisateurs, dans les spectateurs, des enfants immatures à l’origine de tous les maux de l’industrie ­cinématographique.

Démagogique, techniquement inappli­cable, bêtement ignorante des nouveaux procédés de téléchargement et purement répressive, cette loi est aussi un rendez-vous manqué. Ne prévoyant aucune forme de rétribution nouvelle pour les ayants droit, la loi Création et Internet ne s’adresse ni au cinéma dans sa diversité, ni aux spectateurs. Ne constituant qu’une ultime et vaine tentative d’éradiquer le piratage par la sanction, sans se soucier de créer une offre de téléchargement légale, abordable et ouverte sur Internet, elle ne répond à aucun des défis aujourd’hui posés par les nouvelles technologies, alors même qu’une réaction créative et forte de l’industrie cinématographique et des autorités de tutelle dans leur ensemble s’imposait.

Nous ne nous reconnaissons pas dans cette démarche, et appelons à un changement des mentalités. Craindre Internet est une erreur que nous ne nous pouvons plus nous permettre de faire. Il est temps d’accepter et de nous adapter à ce « nouveau monde » où l’accès à la culture perd son caractère discriminatoire et cesser de vouloir en faire une société virtuelle de surveillance où tout un chacun se sentirait traqué.

Que ce soit par un système de licence globale ou par le développement d’une plateforme unifiée de téléchargement des œuvres à prix accessibles et sans DRM, il faut dès aujourd’hui des réponses posi­tives à ce nouveau défi, et se montrer à la hauteur des attentes des spectateurs. L’heure est à la réinvention et à l’émerveillement, et non pas à l’instauration d’un énième dispositif répressif.

Conscients de la nécessité qu’éprouvent les ayants droit, dont nous sommes, à trouver de nouveaux modes de rétribution et d’en finir avec le piratage.

Confrontés à un dispositif essentiellement conservateur, ­liberticide et démagogique qui ne s’attaque à aucun des enjeux réels de la révolution numérique et ignore ­volontairement les intérêts du cinéma d’auteur. Et en réaction aux nombreuses tribunes rédigées par des institutions et des lobbies s’exprimant au nom d’une profession qu’ils ne représentent que partiellement.

Nous, cinéastes, producteurs et acteurs, marquons avec cette adresse notre refus du dispositif Hadopi et de la loi création et Internet.

Nous appelons tous les amoureux du ­cinéma et des libertés, de la création et de la diversité à faire entendre leur voix auprès de leurs représentants afin d’abandonner tant qu’il est encore temps le dispositif Hadopi et de mettre en place un système plus juste, équilibré et prenant en compte les intérêts de tous.


Pour signer la lettre, ou contact presse: brancojuan(.at.)gmail.com

Par Chantal Akerman, Christophe Honoré, Jean-Pierre Limosin, Zina Modiano, Gaël Morel, Victoria Abril, Catherine Deneuve, Louis Garrel, Yann Gonzalez, Clotilde Hesme, Chiara Mastroianni, Agathe Berman et Paulo Branco.

Signataires: 

Victoria Abril (actrice)

Chantal Akerman (réalisatrice)

Agathe Berman (productrice)

Paulo Branco (producteur)

Catherine Deneuve (actrice)

Louis Garrel (acteur)

Yann Gonzalez (comédien)

Clotilde Hesme (actrice)

Christophe Honoré (réalisateur)

Jean-Pierre Limosin (acteur)

Chiara Mastroianni (actrice)

Zina Modiano (réalisatrice)

Gael Morel (réalisateur)

 

Jeanne Balibar (actrice)

Eva Truffaut (artiste cinéaste, ayant-droit de François Truffaut)

Brigitte Rouan (réalisateur)

Jean Douchet (réalisateur, critique)

Laurence Ferreira Barbosa (réalisateur)

Santiago Amigorena (réalisateur)

Luc Wouters (réalisateur)

Françoise Romand (réalisateur)

Gisčle Rapp-Meichler (réalisateur)

Aliette Guibert-Certhoux (réalisateur)

Robin Hunzinger (réalisateur)

Fabrice Ziolkowski (réalisateur)

Jacquie Bablet (réalisateur)

Mario Barroso (réalisateur)

Nadia El Fani (réalisateur)

Olivier Seror (réalisateur)

Cyril Sauvenay (réalisateur)

Pierre Léon (réalisateur)

Nicolas Klotz (réalisateur)

Elisabeth Perceval (réalisateur)

Fabrice Ziolkowski (réalisateur, producteur, scénariste)

Sylvain Monod (producteur, réalisateur)

Jean Sainati (ex délégué de l'ALPA général de 88 à 2002)

Pierre Cattan (producteur)

Gilles Sandoz (producteur

Pascal Verroust (producteur)

Jean des Forêts (producteur)

Ivonne Cotorruelo (producteur)

Nathalie Chéron (producteur)

Timothy Duquesne (auteur)

Agnès de Cayeux (auteur)

Antoine Moreau (auteur)

 

 

Richard Rousseau (directeur de casting)


Paru dans Libération le 7 avril 2009

Publié dans Les artistes engagés

Commenter cet article

Alexis Colin 07/05/2009 22:11

Je pense que l'idéal serait de créer des plateformes internet telles que Deezer pour la musique et pours les autres oeuvres avec des systèmes de rémunération basé sur le don et une industrie de qualité. Je pense que donner accès aux personne qui le souhaitent l'accès à des chose qu'ils n'acheteraient pas même s'il n'avaent d'autres solution serait LA solution au piratage.Internet devrait être la nouvelle plateforme de diffusion artistique gratuite.Vous me direz : mais que deviennent les producteurs de CD, les maisons de disques (quel interet si la musique peut etre exporté depuis le studio vers une plateforme de distibution) ? Je pense que leur avenir est de fournir des produits de qualité, collectors, embalages et packaging dont la possession (sans être des séries limités) feraient des objets exposables, dont on serait fier, à cout raisonnables, en matériaux noble (acier, verre, carbonne...) et designés. Je propose aux maisons de disques de créer une industrie artistique viselle et ergonomique autour de la musique.Les maisons de disques pourraient mettre en place des nouvelles plateformes matérielles s'adaptant au 5.1 afin de créer de la musique qui, lancé sur un home cinéma, permettraient d'obtenir une immersion totale qui romperaient avec le stéréo qui serait livré sur internet (je pense au debut de la stéréo ou les artistes prenaient un soin tout particulier à créer des effets).Je pense qu'avec ce systeme on pourrait lancer une industrie du design publicitaire (création de sites internets qui feraient découvrir les produits musicaux de qualité) autour d'une musique libre pour sa qualité actuelle (accessible gratuitement aux amateurs) et une industrie "super-artistique audio-visuelle" de l'image, la couleur, le design, le son amélioré à immersion visant les personnes à bons moyens financiers ou fans ou encore recherchant une réelle qualité sonnore.Je trouve en effet que la musique est en stagnation pour ne dire en régression avec l'emploie des boites rythmiques et de logiciels comme garage band(je ne trouve pas le petit r pour la marque déposée) qui, entre les mains de personnes qui ne fasse pas de réel performance, dévaluent la musique sur une mode (que j'aprécie en grande partie pour ses rytmes) qui a toujours tendance à étouffer les autres styles qui eux présentes des prouesse de voix, composition et orchestration.La musique ok ! Mais l'image ?C'est vrai qu'on ne parle pas de piratage de l'image (je deteste ce mot de piratage, dégradant et arriéré à souhait). L'image n'est générallement plus une prouesse technique dans sa forme la plus courante. N'importe qui possédant un appareil photo de qualité pourra atteindre des performances pour peu qu'il ai une sensibilité et des notions de bases en cadrage. L'image sous sa forme courante était un art il y a quelques année mais aujourd'hui je ne pense plus que la photographie soit encore un art à part entière ou alors au meme rang que les cours de piano et de guitard après les cours ou le travail.Je pense que le vrai art pictural du 21eme siecle est celui du design, de l'ergonomie et de la couleur. A l'instar des "geek" qui change de fond d'écran selon leur humeur et des amateurs de musique, les cadres photos numériques devraient amener à faible cout une nouvelle dimention de la décoration par l'adaptation aux lumieres et à une maléabilité des armonies colorées. Une chambre devrait être accueillante et adapté à l'humeur et à l'occupation de son occupant en permannence. L'image fixe, à moins de servir dans une piece commune n'a à mon avis qu'une valeur journalistique, artistique quand elle s'inscrit dans un vaste ensemble armonieux d'image servant à donner un style et une harmonie coloré à un ensemble non adaptable.Aujourd'hui je pense que certains sites internet devrainent être devellopés comme des oeuvres d'arts. L'art de l'image devrait donc être libre (comme la musique actuelle dans mon idéal) sauf dans sa partie devellopé globallement et en assortiments (jeu d'image numérique ou jeu de tableaux papiers, imprimé ou peint) ainsi que dans sa partie artisanale qui est le reflet d'un savoir faire réellement culturel puisque illustrant les époques passées et un savoir faire qui en découle)Pour les films. Là je ne vois pas d'évolution possible puisque ce systeme existe déjà de façon caché (je n'en ai jamais téléchargé mais j'en ai eu un bon aperçut) puisque il exite déjà une industrie de qualité (cinéma et DVD 5.1 qui représentent un art à immersion)  en comparaison aux films piratés (qualité visuelle médiocre, basses résolutions, son mono ou stéréo mal égalisé et parfois désinchronisé) qui présentent en plus des risques au téléchargement.Enfin les logiciels...Le veritable probleme des logiciels concerne les logiciels payant ne proposant pas de version gratuite ou trop limité. Les professionnels ne peuvent se permettre d'avoir le moindre retard technologique. Si les suites de logiciels étaient presques toutes présentées en version un complete mais fonctionnelle à 100% pour les devellopeurs et webmasters amateurs (je pense principallement à flash 8, photoshop, dreamweaver, Illustrator...) les piratages de ces logiciels disparaitraient pour laisser la place à des services payant d'aide au develloppement et à une suite pro à la pointe, ce qui permettrait une avancé technologique du net "populaire". Pour les jeux je ne vois pas de solution directe même si de visu le probleme pour cette partie du piratage est limité, les téléchargements trop risqués techniquement et l'emploie de crack toujours plus difficils, principallement pour le online, véritable attrait des jeux d'aujourd'hui pour les gamers cherchant réellement à télécharger des jeux décourageant les joueurs. (là encore je me base sur de multiples écos car je ne suis pas un gamer et je n'ai pas le materiel nécéssaire pour faire tourner les jeux récents, je m'aprovisionne donc chez des revendeurs pour mes quelques jeux)Je pense avoir fait le tour des differentes productions que je connais et pour lesquelles j'ai des idées. Maintenant je pense que discuter est la première chose à faire car c'est en rajoutant points de vue sur points de vue que l'on arrivera à un monde satisfesant. 

La Mirabelle 29/04/2009 12:10

Une lette très censée même si je propose une autre voie. Le piratage ne s'arrêtera pas mais n'oublions pas qu'il résulte en des copies de qualité souvent moindre.
Aussi pour limiter le piratage, il faudrait plutôt proposer de la plus-value : boitier, booklet, participation de l'internaute à la production, boitier collector signé...tout ça à un prix décent.

Arthur 27/04/2009 21:16

Kiarg 16/04/2009 13:40

"En gros vous êtes en train de nous dire, plutôt que de mettre une amende aux voleurs, on va mettre une amende globale, pour tout le monde, comme ça les voleurs pourront continuer."

Légalement, déjà, c'est faux le piratage n'est pas du vol mais de la copie.
Si je télécharge un CD l'auteur conserve les droits de son CD. La nuance est certes subtile mais c'est la loi qui le dit pas moi.

Pour ce qui est de licence globale Il ne s'agit pas de faire payer une punition a l'ensemble de la population...
Je prendrai exemple de la sécurité sociale, je ne suis jamais malade comment se fait il que mes impôts servent a payer les soins des gens qui le sont ? l'education ? raisonnement stupide au possible.

J'ajouterai que cette license globale permetra d'en finir avec les marges folle des Majors qui vendent a prix exorbitant leur produit. la décision devrait être prise de vraiment avoir une remuneration juste des artistes... maintenant si vous aimez être des vaches a lait libre a vous.

Imaginons que mon père dans sa folle jeunesse ai acheter un vynile 33 tour n'a t il pas payer les droit d'auteur de cette oeuvre ? puis il l'a repayer avec le passage des cassette audio puis encore avec le passage du CD jusqu'ou cela ira t-il ?

Sachant qu'un CD dans le commerce varie en moyenne entre 15 et 20€ si je me rend sur n'importe quelle site ou une offre m'est proposé pour acheter une musique numeriquement c'est 0.99€ le morceau !!!! ceux qui sont aveugle prenez vos calculatrice et vous comprendrez que malgés la disparition du support physique les prix ne changent pas...

Qui est de mauvaise foie ? Qui se moque du monde ?

En france 80% des oruvres telecharger sont avant tout des contenus étranger anglo-saxon pour la plupart. De quelle création on parle celle des chanteur a usage limité ? c'est ca l'exeption culturelle française ?

Nous parlons ici uniquement des protections des bénéfice d'une industrie qui refuse de s'adapter aux nouvelle technologie par la repression.

L'art s'il existe encore doit pouvoir être accessible a tous l'art n'a pas debuter avec l'invention du CD ou du DVD il existe depuis toujours sous une forme ou une autre.

Ces "artistes" vous aurez remarquer que les "poeples" aiment a se qualifier d'artiste a tout bout de champ comme pour se justifiée que ce qu'ils font c'est de l'art vous ne verrez pas un peintre un sculteur un poete se qualifier ainsi...

Si certains ne vendent pas de disque c'est peut être que ce qu'il s font n'interssent pas le publique est ce de notre faute si on nous sert que de la m**** depuis des années. Internet a se bien fait, chacun peut avec un clic decouvrir des choses que jamais au grand jamais il n'aurait pu écouter sur les radio qui vous passent les même chansons entre deux pub jusqu'a ce que vous finissier par aimer. Vous aimer ce qu'on vous dit d'aimer vous ecouter ce qu'on vous dit d'ecouter. Le net permet cette liberté.

Quand a cette loi le but n'a jamais été de proteger les artistes quels qu'il soit qu'il passent une loi pour contraindre les majors de remunerer décement ses artiste qu'ils arretent de produire uniquement des chanteur qui feront un disque puis iront aux oubliètes.

C'est leur systeme qui est pourri pas les internautes. l'état se trompe bel et bien on ne peut aller contre le progrés.

mike 15/04/2009 19:58

Bravo!
Ce n'est pas évident de naviguer à contre courant.