Un article de 20 minutes...

Publié le par L'appel des treize

... qui montre que nous avons été entendus

CANNES - Sur la Croisette, les réalisateurs n'ont pas tout à fait le même avis...

Le monde du cinéma serait-il divisé sur la loi Hadopi? A Cannes, en tout cas, les avis sont partagés. Samedi, lors d’un débat sur le financement du cinéma après le vote de la loi anti-piratage, les participants ont plaidé pour une régulation de la Toile au service du bon financement des films français, qui ont besoin de la télé, et notamment de Canal+, pour émerger.

A l’autre bout de la Croisette, Jeanne Balibar, qui joue sous la direction de Pedro Costa dans «Ne change rien», sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, n’est pas d’accord sur les bienfaits du texte de loi. «C’est une loi pour rien, elle est dépassée avant même de pouvoir être mise en application, c’est un coup d’épée dans l’eau, explique-t-elle à 20minutes.fr. Son souhait? «Que les gens soient sur le Net comme dans une médiathèque.»    

Taxe

Pour l’actrice, le doigt n’est pas pointé au bon endroit: «Il y a une hypocrisie à dire que les pirates sont des individus. En réalité, ce sont les serveurs et tous ceux qui se servent de contenus en images. Il faut que des structures comme Orange contribuent à la création et soient taxés, comme on l’a fait autrefois avec les cassettes et les CD vierges.» 

Or les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) ont déjà été taxés, cette année, pour la réforme de l’audiovisuel. Politiquement parlant, il était difficile pour le gouvernement d’instaurer une autre taxe sur les FAI. 

Régulation, oui, répression, non

La réalisatrice Marina de Van, qui a fait tourner Monica Bellucci et Sophie Marceau dans «Ne te retourne pas», veut bien qu’on la télécharge, mais pas sous n’importe quelle forme: «Je ne suis pas contre le téléchargement, qu’il soit légal ou illégal. De toute façon, je ne touche rien sur les ventes de DVD, donc je n’y perds rien. Mais il y a un truc qui m’énerve. “Ne te retourne pas” a été piraté avant même qu’il ne soit fini, diffusé avec une jaquette et une qualité pourries. Je n’ai pas travaillé six ans sur ce film pour que les gens en voient une copie inachevée.» Elle rappelle en outre que ce qui compte avant tout, c’est que les «spectateurs soient les plus nombreux possibles à voir mes films».

Même avis de Laurent Cantet, Palme d’or 2008 pour «Entre les murs»: «Il me semble que les biens culturels ne sont pas des marchandises comme les autres: ils doivent être diffusés le plus largement possible.» Selon lui, «la répression n'est pas le meilleur moyen pour régler cette question». Ce à quoi le réalisateur Radu Mihaileanu, intervenant lors du débat sur le financement du cinéma, répond que «c’est quand même inouï que l’on prône une dérégulation totale sur Internet alors qu’on vit une crise issue des effets d’une dérégulation», celle du capitalisme.

Alice Antheaume, à Cannes

Publié dans Les artistes engagés

Commenter cet article

Marie 19/05/2009 11:31

Avez-vous entendu parler de la loi Loppsi 2 qui complètera la loi Hadopi ?Pour vous donner froid dans le dos, voici le lien vers un article paru dans Le Monde :http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/05/18/apres-la-dadvsi-et-hadopi-bientot-la-loppsi-2_1187141_651865.htmlLe net va-t-il devenir un outil de mise en place des dictatures ?

Marie 18/05/2009 13:34

Il me semble qu'il y a tout de même un amalgame gênant entre la notion de dérégulation du capitalisme et celle de diffusion le plus large possible de la culture ! Le capitalisme consiste justement à mettre la culture sur le même plan qu'une boîte de conserve. La démarche qui doit être initiée est de différencier l'art de toutes les autres de produits marchands, en le diffusant largement, et en même temps en mettant en place des structures pour assurer la rémunération des artistes.

Schmorgluck 18/05/2009 01:50

Mouarf, j'aime bien la réaction de Marina de Van, d'un point de vue artistique elle est parfaitement légitime : voir circuler une version inachevée, inaboutie, bancale, de l'œuvre que l'on est en train de paufiner avec amour, énergie et souffrance (d'autant plus que, pour un artiste, ce sont souvent les dernières touches qui constituent les choix les plus douloureux), je conçois fort bien que ça puisse faire monumentalement chier.Ceci dit, le plus grand crime des personnes qui se livrent à ce genre de piratage est, à mon avis, la faute de goût. Une faute de goût que j'estime plus grave que l'infraction au monopole d'exploitation de l'auteur.